vendredi 5 janvier 1996

Puri, quatre-vingt-huitième jour,

Espérer un contre-temps retardant le départ mais en même temps une sorte de culpabilité à se complaire dans les habitudes. J’ai laissé Michel Benoît, l’auteur du livre « Prisonnier de Dieu » lire mon journal. Je crois qu’il l’a bien aimé même s’il a trouvé le style un peu pompeux. Lire Proust parallèlement n’arrange rien, c’est sûr, mais j’ai vraiment du mal à exprimer simplement des choses qui ne le sont pas. J’ai bien aimé aussi le qualificatif de naïf pour mon comportement affectif. Moi qui ai toujours peur de manquer de spontanéité et d’agir après réflexion, je me suis trouvé jeune tout d’un coup et heureux de l’être. Sven, près de moi, écoutait notre conversation en français sans la comprendre et attendît le départ de Michel pour me serrer dans ses bras et me dire qu’il espérait me revoir. J’ai eu du mal à interpréter ses paroles. Le problème avec les Européens du Nord, c’est leur capacité d’ôter le côté sexuel des choses. Un acte synonyme de désir chez nous n’est qu’une simple marque d’affection pour eux, difficile de s’y retrouver. Je verrai à peu près sûrement Sven à Goa, la situation s’éclaircira peut-être. Je ne suis pas contre une petite amourette de vacances même si un peu plus est hors de question.

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