Je marche le long de la plage et toutes sortes de choses exotiques me semblent familières. La marée ramène sur le rivage des tortues mortes gigantesques, elles sèchent au soleil dans différents états de décomposition. Une d’entre elles n’a plus que la carapace et le crâne.
Vue de profil, les cavités oculaires se rejoignent et l’on peut « voir » au travers. Un paysage animé, celui de la plage, existe derrière les orbites vides et leur donne une sorte de vie. On regarde un squelette et il semble sentir votre regard et répondre depuis l’au-delà. La carapace des mêmes tortues est le panier le plus fréquemment utilisé par les femmes des pêcheurs. Elles remontent leur « lungis » sur les hanches en une sorte de « bloomer » et portent un petit « caraco » qui complète normalement le sari.
Un linge tordu et enroulé comme une corde sur le sommet de la tête sert de socle à la carapace de tortue dans laquelle elles transportent des thons, des requins ou des espadons sans un seul oscillement de la tête mais avec un déhanchement digne de danseuses du ventre. Un moulinet horizontal des bras accompagne cette « danse tribale » de la vie quotidienne. Des enfants uniquement habillés de chaînettes à breloques autour des chevilles et des reins, attendent en proue d’une barque, ajustant un petit nœud de satin rouge dans les cheveux, le départ pour la pêche.Les voleuses de bois mort se cachent dans les dunes pour ne pas se faire contrôler par la police locale. Une vieille femme torse nu se traîne lamentablement sur les mains et le fessier réclamant de l’eau à des enfants qui passent.
Des occidentaux inspirés par le bruit des vagues méditent interminablement après quelques exercices de yoga. La richesse du paysage visuel est infinie, j’essaye de mémoriser les images qui m’impressionnent et capter une atmosphère plus exacte que celle des photos devant lesquelles se précipiteraient des enfants figés dans un sourire édenté, seul motivé par la roupie espérée après une telle performance.



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