jeudi 19 octobre 1995

Bénarès, neuvième jour,


Les aéroports deviennent pour moi une routine, quelque chose de banal. Prendre le train a un côté plus excitant, on se sent en vacances, on a du temps à perdre, on arrive au cœur historique et social des villes. Les aéroports sont un peu privés de cette dimension, l’on y rencontre que des gens comme soi, en transit, c’est nulle part, mais ça vient de, et ça va quelque part. C’est un peu le purgatoire des villes modernes, en attendant d’aller au ciel, on a déjà un peu quitté la terre.
Je crois que j’ai trouvé une nouvelle position de repos : celle de l’Indien sur la voie ferrée vers Jaipur, les jambes croisées avec les bras croisés par-dessus, mais non au niveau des poignets, mais plutôt des coudes. Je crois qu’il y a une photo de moi à Sintra dans cette position déjà. Pas vraiment une nouveauté alors, mais nouveau toutefois la façon de l’établir comme fixe. On a toujours besoin de justifier nos nouvelles habitudes par une ancienneté inexacte, référant à un fait accidentel à ce moment-là, plus qu’à une répétition déjà régulière. Trouverai-je quelqu’un pour me photographier dans cette position insolite dans quelque endroit mythique indien ?
J’aime quand les indiens me trouvent différent des autres touristes. « Black, black, black, é ! misteur… » « Iou louque véri smarte » « Mai aille dro ze disign of ioure djaquette » « You louque like a moovie star… »

Bien sûr que ce n’est pas ce qu’ils pensent, mais ils ne disent pas les mêmes compliments à tout le monde. Est-il si évident que ce soit ceux-là qui me fassent plaisir ?

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