samedi 14 octobre 1995

Jaipur, quatrième jour,

Le premier voyage en train entre Delhi et Jaipur est plutôt satisfaisant. Malgré la seconde classe, c’est très civilisé et calme. Bon, tous les compartiments ne sont pas comme le mien ! Chance ?! Le voyage n’est pas très monotone ; les petits arrêts réguliers sont autant de prétextes à un peu de restauration, à boire un « cay » ou à acheter des journaux. J’avais peur de m’endormir, et que pendant mon sommeil, l’on vienne s’emparer de mes bagages, mais malgré le peu de sommeil de la nuit dernière, pas d’assoupissement en vue, et les guides ont l’air d’être un peu alarmistes au sujet du vol. Mieux vaut être prévenu pour rien que le contraire ! L’observation du paysage est sans doute une des raisons de mon éveil. Il y a tant de choses à voir, la notion occidentale de taudis et de bidonvilles semble ici une allusion à quelques palaces pour nantis, en comparaison des habitations ordinaires que l’on peut voir. De plus, une puanteur s’en dégage, qu’il est difficile d’ignorer.
L’heure matinale semble réservée apparemment à déféquer. Pendant plus d’une demie heure, la vue se limitait au spectacle du postérieur d’Indiens attendant la délivrance intestinale.
La vue de cet homme assis, les jambes croisées avec les bras ballants croisés au niveau des poignets juste au dessus de la jambe supérieure : très graphique !
Finalement, le petit roupillon est venu. Relaxation trop importante certainement.
L’adresse que j’avais sélectionnée est tout simplement un paradis. J’ai cédé ma vue sur le cœur bruyant de Delhi pour un immense jardin où les klaxons ne se font presque pas entendre. J’ai choisi la petite chambre meilleur marché plutôt que la plus grande. J’espère que dans ses soixante mètres carrés je ne serai pas trop à l’étroit, moins en tout cas que dans les six d’hier !
La journée commençait si bien que je décidais d’aller par moi-même le plus loin possible en direction du centre. Le vieux Jaipur est une succession infinie de « bazaars », où les tissus sont plus intéressants les uns que les autres. Les sollicitations étaient toujours aussi nombreuses mais nuancées de petites touches intellectuelles. Et pourquoi ci, et pourquoi ça ? « Parce que voyager c’est parfois comme être au cinéma, on apprécie de n’être que spectateur ! » Mais il y avait ce jeune Indien – est-ce donc là, la fameuse fierté que l’on trouve au Radjastan – qui ne l’entendait pas cette façon, et qui ne trouvait de cesse de m’insulter et de me traiter d’impérialiste. La fuite, bien que difficile, en a été la seule issue. Et on ne se refait pas, vers l’un des plus grands palaces de Maharadjah de l’Inde.
Le Rambagh Palace apporte au moins la tranquillité de la prospérité. Il est singulier de voir ici autant de touristes si peu en contact avec la réalité. Les musiciens du jardin se feraient à coup sûr rouer de coups s’ils avaient l’impudence de réclamer la moindre roupie, même si les clients de l’hôtel les ont mitraillés de photos. Et ces élégantes indiennes à la coiffure si occidentale, dans quel collège anglais ont-elles été éduquées ? Quel est ce regard quelque peu condescendant à l’égard des touristes américains se sentant si facilement supérieurs aux pitres enturbannés ?

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