lundi 16 octobre 1995

Jaipur, sixième jour,


Pourquoi partir d’un endroit où l’on se sent si bien. Sans doute parce que l’inconnu, le futur, a toujours la capacité de faire plus rêver que le connu, le présent. Il se pourrait que j’attende un peu trop de ce périple à Katmandou. Pourrai-je trouver là-bas un endroit aussi reposant qu’ici ? Reste à savoir si l’immense repos éprouvé n’est pas seulement le résultat du contraste avec l’immense agression subie. Non, il y a vraiment quelque chose de différent ! Les paons, les écureuils tigrés, les vaches sacrées, se promènent librement dans le jardin, pendant que les chiens en sont chassés. J’ai eu aujourd’hui le malheur de demander mon petit déjeuner à l’extérieur, cela m’a été heureusement gentiment refusé ; comment ne pas apprécier ce petit moment de solitude avec le grand-père Maharadjah présent dans tous les encadrements. Je finis mon thé sur la terrasse, comme hier, et c’est bien suffisant, je peux écrire, ou plutôt pianoter sur mon petit agenda électronique. Clic-clic—clic-clic, et toute une vie s’organise.
C’est mon premier jour vraiment agréable, ballade de trois heures à dos d’éléphant, visites des dédales du « Amber Palace », expérience du bus public. C’était donc le jour pour enfin écrire. Contact avec ma réalité, appel de Damien aussi à mon hôtel. C’est la journée de la réalité, user mais ne pas abuser. J’ai de ce fait moins d’énergie pour fantasmer sur moi-même et l’existence ou la non-existence d’un bonheur lié à l’enfance.

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