samedi 21 octobre 1995

Bénarès, onzième jour,

Premier jour de quiétude à Bénarès. Les quelques jours vont finalement vite passer je crois.
De l’amour et l’argent. Si la journée est vite passée, c’est que je n’ai pas cessé d’acheter et de marchander les prix tout du long. En étant acheteur, on se sent nettement plus intéressant mais en fait c’est de l’intérêt artificiel ; le vendeur s’intéresse à lui-même et à son profit dont nous ne sommes qu’un intermédiaire. C’est déjà pas mal en fait ? « Hélo, watte ize ior néme ? » Même si ce n’est pas directement pour l’argent, ça n’a rien à voir avec de la curiosité. « I have méni frendz ine Frrance… » Et le carnet d’adresse de touristes s’ouvre où s’étalent toutes ces destinations qui les font rêver, où l’on peut entendre facilement Michael Jackson !
La vieillesse est-elle plus supportable avec de l’argent ? L’habitude de la séduction physique est-elle peu à peu remplacée par la séduction matérielle. Je ne crois pas trop avoir peur de vieillir mais par contre peur de vieillir trop vite. Etre vieux d’accord, ridicule non ! Ridicule serait de vouloir être jeune quand on ne l’est plus mais aussi de ne plus être capable de séduire. Peut-on séduire par l’intelligence, certainement, mais alors que de temps nécessaire pour un résultat peut-être très prosaïque. Je tenterais bien de séduire l’assistant de mon dentiste quand je reviendrai à Berlin. Re-séduire serait plus exact d’ailleurs, celui-la semblait déjà « bereit ». Le problème avec les enfants, c’est qu’ils n’ont pas beaucoup d’expérience, alors ils sont facilement impressionnables et donc abusables même si c’est de leur plein gré. Si l’on devient accessible, on reste difficilement une idole. Comme je me suis senti bien dans mon « Fan-Club », ce ne doit pas être si accidentel ! Le « Club du Théâtre » avait-il été un « Fan-Club » antérieur ? En avais-je été l’idole ? A l’époque, je ne voyais que le côté culturel de la chose, et ne me préoccupais pas de ces détails. Maintenant, ce serait différent, pourrais-je totalement nier le besoin que cette habitude aurait dû faire naître ?
Le paysage visuel est composé du reflet de quelques lueurs sur le Gange, le paysage auditif est plus important, l’Ashram d’à côté résonne de bruits de cymbales et de chants plus ou moins mélodiques, s’ajoutent les quelques pétards de ces préparatifs de Diwali. Et moi je m’interroge sur mon passé, sur mes besoins existentiels : être le centre d’un cercle. Les vacances sont parfaites, j’obtiens ce que je désirais !


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire