vendredi 24 novembre 1995

Katmandou, quarante-cinquième jour,



Ma voisine française « cool » s’appelle Marie, a un an de moins que moi et vient, cong ! d’Aigues-Mortes. Elle m’accompagne là-haut dans la montagne à Nagarkot. Elle n’est pas très jolie, travaille comme serveuse, douze heures par jour, sept jours sur sept et huit mois sur douze. Est-ce que c’est ça une vie normale ? On ne connaît jamais la vie de ces serveuses besogneuses des petites auberges dans lesquelles on s’arrête en province ! Et cela simplement parce qu’elle ne nous intéresse pas et que nous ne montrons pas de curiosité à son sujet. La vie de Marie, je n’en connais pas grand-chose, sauf ce que je lui en ai demandé, je parle plus volontiers de la mienne et réalise de temps en temps qu’elle ne dit rien. Pourquoi les films réalistes sont-ils réservés aux intellectuels et les romances hollywoodiennes aux masses ? L’attraction de l’exotisme, la pénétration d’un monde si différent du sien, un peu du voyeurisme de part et d’autre en quelque sorte. « Oh ! Moi, cong, je suis « cool », je te suis… » Difficile de satisfaire sa curiosité dans ces conditions. Les principaux plaisirs de Marie ont l’air d’être sa cigarette et son « walkman », le reste, il semble qu’elle n’ait pas le temps d’y penser. Peut-on apprendre quelque chose de l’ordinaire ou a-t-on toujours besoin de l’extraordinaire ? Marie est peut-être déjà en dehors du très ordinaire, elle fait des voyages (deux, la Martinique et l’Inde), et ne parle pas de sa vie monotone, dont elle a certainement honte. Marie est couchée à deux mètres de moi (No, no ! no double-bed, two separate-bed, please…) et je crois, apprécie plus ma compagnie que celle des pics enneigés de l’Himalaya. « Bonne nuit, Marie ! »

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