mardi 21 novembre 1995

Katmandou, quarante-deuxième jour,



J’ai passé la dernière journée ouverte sur le monde extérieur de la période de ma vingtaine, avec Karen. Tout comme Pashupatinath, Baktapur est un de ses endroits de prédilection. La ville est un petit peu un musée, ravagée par le tremblement de terre de 1934, elle est, depuis les années soixante-dix, progressivement restaurée par les occidentaux. Alors que Katmandou ou Patan se distinguent par leur foisonnement de temples, Baktapur est très lisse et aérée. Les rues, exclusivement piétonnes, ont toutes été récemment re-dallées de briques et donnent à la quiétude engendrée par l’extraordinaire silence pour une ville de cette région, une douce couleur rosée très reposante. Le fait que l’initiative de la restauration de la ville ait été principalement allemande influe sûrement dans le contraste qu’offre cette ville par sa propreté et son calme. La communauté allemande est d’ailleurs bien mieux représentée ici qu’ailleurs au Népal, bien que le prestige allemand y semble partout présent (chaque boulangerie se permettant d’avoir des prix deux fois supérieurs est automatiquement une « German Bakerei » où, seule la vente des « apfel strudel » pourrait justifier cette appellation. Il n’y a pas de « French restaurant » ou de « British guest house », mais il y a une « German terrace » et encore une « Deutsch haus »). L’omniprésence de la croix gammée – bien que sa signification, ici religieuse, soit bien différente de la nôtre et qui est trouvable imprimée sur des t-shirts destinés aux touristes – s’ajoute à ce malaise qu’il est facile de ressentir. Jusqu’à ce Népalais me racontant en allemand ses huit ans à Stuttgart avec sa femme bavaroise dont il avait été séparé depuis.
Plusieurs fois, il nous a été demandé si nous étions mère et fils et je crois que cela ne nous a pas vraiment étonné mais plutôt flattés, l’un comme l’autre. Nous avons évité le sujet, mais y avons longuement réfléchi solitairement, je pense. La nature des rapports filiaux assez conflictuels de chacun de nous, (Karen allait jusqu’à se réjouir du divorce de son fils qui lui ramènerait un peu un « fils prodigue »), n’a bien sûr rien à voir au plaisir que nous éprouvons à rester ensemble.
Karen a conclu la journée en me démontrant sa bonne volonté, elle m’a accompagné « chez Didi », ce qu’elle n’a ultérieurement pas critiqué (bien que l’absence de compliments ait pu en être l’équivalent).

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