Aujourd’hui jour J-1 avant la majorité reconnue. C’est aussi le dernier jour de « jeunesse » dans la logique des nombres. Je me rappelle, quand j’avais dix-sept ans et un peu après encore, avoir regardé ceux qui avaient plus de trente ans comme d’une autre génération alors que je me sentais encore quelque chose en commun avec leurs cadets. Je suis le même, mais les gens me regardent différemment et cela me fait changer. Je peux à partir de demain postuler à un poste de directeur de boutique sans paraître prétentieux, je pourrais aussi entendre : « Mais tu sais, il est jeune ! », en parlant de Chris qui, lui, est dans la vingtaine.
Préparation psychologique pour franchir le cap, un peu de théâtre, bien sûr, dans tout ça. Partir pendant six mois était le plus spectaculaire, ma volonté est d’être regardé différemment, de prendre l’initiative de mon vieillissement. « Depuis son voyage, Philippe a beaucoup changé… ; je crois que ça lui a fait du bien… ; je crois que ça ne l’a pas arrangé !... » Tout, mais ne pas être oublié !
Dîner au « Bhancha Ghar », ce qui traduit veut dire « nepalese kitchen » était en fait un peu décevant. Je m’étais un peu préparé à un dîner d’anniversaire et avais mangé avant (comme je fais toujours avant d’aller dans un bon restaurant), afin de pouvoir apprécier la nourriture pour son goût et non pour ses qualités nutritives. (Mon comportement sexuel est un peu identique, le sexe superflu est bien meilleur que le sexe par besoin, les satisfactions spirituelles contre les satisfactions physiques.) Il y avait un menu unique à volonté, si les qualités gustatives étaient présentes, les qualités nutritives étaient surabondantes, compte tenu de mon état de déjà satiété ! La cuisine traditionnelle ne devrait pas être de luxe. Manger la meilleure « poule au pot » de France pour le même prix qu’une minuscule tranche de « foie gras » chez Robuchon ne m’apporterait peut-être pas autant de plaisir. Serais-je snob ?
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