dimanche 26 novembre 1995
Katmandou, quarante-septième jour,
Les népalais conduisent à gauche. Cette particularité n’est pas si particulière, les Indiens et les Anglais, ce qui n’est peut-être pas un hasard, agissent pareillement. Marcher dans les rues de ces pays est un peu perturbant, loin d’être clair que les voitures viennent du côté opposé, on ne sait généralement plus de quel côté elles pourraient arriver, et la tête s’agite en tout sens, cherchant d’où pourrait survenir le danger. Pour peu qu’il y ait des sens uniques, et la confusion atteint son comble. Il semblerait qu’une fois que certains axiomes fondamentaux, le sens de circulation en l’espèce, aient été démentis, il nous soit très difficiles de les remplacer par d’autres et d’accepter leurs conséquences, car nous luttons encore inconsciemment pour la justification de nos croyances. Ainsi, s’il nous est démontré que les voitures peuvent rouler à gauche, nous continuons à marcher à droite simplement parce que nous roulons à droite, il nous est difficile d’admettre que les gens roulant à gauche puissent marcher à gauche ! Ainsi l’on peut juger des nouveaux arrivants dans ces contrées se mouvant à gauche, à leur lutte obstinée dans une foule à contre-courant quand de l’autre côté de la rue trop étroite, se meuvent les locaux dans la même direction qu’eux. Les plus intelligents comprennent qu’en marchant à gauche, ils pourront avancer au moins à la même vitesse que la masse, les autres iront encore moins vite. Ces subtilités découvertes, on s’énerve déjà moins contre cette marée humaine peuplant les rues qui semblait en permanence contre vous. L’esprit cependant lutte encore, et ainsi ce matin croiser dans l’escalier de l’hôtel un de ces enfants chargés de toutes les sales besognes, nécessita au moins deux minutes. Réalisant que le chemin était trop étroit pour nous deux réunis, je me rangeais à droite (!) pour lui laisser le passage tandis que lui-même se rangeait à sa gauche, nous étions bloqués l’un en face de l’autre, et seuls des gestes indiquant le chemin de chacun purent nous aider – lorsque la force de l’instinct se charge généralement de ces détails, entre personnes de mêmes instincts.
Il est certains jours où il faut dépenser de l’argent et rien ne peut vraiment s’y opposer. Ainsi non content de dilapider dans des billets pour Pokhara, la commande de deux bagues d’argent serties de corail vint compléter la journée. J’ai eu toutefois la satisfaction de me sentir créatif en faisant réaliser la réplique de bijoux que je n’avais pu m’offrir en Europe – car trop chers, ce qui était bien sûr un des motifs de ma convoitise – pour une somme ridicule !
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