samedi 11 novembre 1995

Katmandou, trente-deuxième jour,

De la mémoire.
Ca a été d’abord un je ne sais quoi de connu dans la figure de ce garçon, à la réunion sur la méditation. Puis après un prénom, Stéphane, suivi d’un nom, Gourret, Stéphane Gourret. Mais qui avait-il bien pu être ? Un camarade de classe, c’est sûr, mais laquelle ? A Paris ou bien à Malakoff ? Stéphane Gourret avait été un de ces rares à me prendre en affection malgré l’ennui que je devais dégager pour un garçon de cet âge, si beau et si à la mode – ou du moins me paraissait-il ainsi -. Je devais être en seconde pour penser ainsi, mais n’en suis pas sûr ; la quatrième et son cortège d’adolescents exhibant leur nouveau corps pourraient aussi servir de contexte à Stéphane Gourret. L’on découvre accidentellement des détails cachés au plus profond des souvenirs que leur sollicitation n’aurait jamais fait revenir. « Et je ne peignais pas l’arbre en face de moi, mais l’idée que je me faisais de l’arbre en face de moi et les deux étaient très différents… », intéressante, la réunion sur la méditation. Les autres auditeurs ne m’ont bien entendu pas inspiré grand-chose, des apprentis bouddhistes aux « trekkers » un peu spirituels, je ne me suis pas trouvé beaucoup en commun avec les autres. Le professeur avait l’air sympathique avec son accent écossais dont je ne connaissais que la contrefaçon par Joerg. Stéphane Gourret, - celui de la réunion – avait des orteils immenses que je ne pouvais pas m’empêcher d’observer. Si je suis le cours de la semaine prochaine, j’aimerais bien qu’il soit là, un sujet agréable sur lequel méditer. « Om mani padme um ». il faudra que je redemande la traduction, j’avais trouvé ça bien.
Du renoncement à ses principes.
J’ai failli hier acheter un parapluie. Moi qui disais encore il y a deux mois à ma collègue, que les parapluies étaient réservés aux gens normaux – avec travail, famille, patrie, etc…- une journée de pluie avait suffi pour me montrer moi-même en train d’en marchander le prix d’un. Quelques chances sont toutefois données à notre éthique, le vendeur refusant mon marchandage, j’ai donc fait un peu plus tard l’acquisition d’un magnifique poncho noir en nylon que je pourrai à loisir faire broder au sigle du CLAC.

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