mardi 28 novembre 1995

Pokhara, quarante-neuvième jour,

Si l’on peut éprouver du plaisir en se faisant gifler, il n’y a pas de raison à n’en pas ressentir en grimpant sans mobile sur une montagne. La montée jusqu’à Sarangkot fût ardue mais agréable ! Le peu de résistance de Marie a été, en fait, un plus ; la laissant gémir et souffrir seule, je montais allègrement (qu’il est bon de ne pas fumer) en l’attendant devant un Coca frais quand l’occasion s’en présentait.
« Hé, putaing, moi jeu n’en ppeux pplus !... » - « Mais non, t’es conne, on est presque arrivés… » Après un moment difficile à transpirer comme un animal, une sorte de « second souffle » est apparu. Toute l’énergie accumulée des derniers jours a commencé à se libérer ; le besoin de courir et de crier (qu’importent les porteurs népalais sur le chemin, je ne les connais pas !) dont la satisfaction était une pure jouissance.

L’insolence de cette Israélienne dans le bus de nuit derrière moi, qui – parce que j’avais eu l’audace d’incliner mon siège en position de repos – me « bottait le cul » en glissant ses pieds entre l’assise et le dossier de mon fauteuil puis ayant été priée par moi-même de cesser, me ré inclinait dans la direction opposée par pression de ces mêmes pieds perturbateurs sur l’arrière de mon dossier. L’anti-sémitisme de ce népalais ayant pris ma défense, qui disait de l’air dont on parle d’une tare qui explique certaines bizarreries : « She is from Israël ! ». Le reniement de ses origines : « No, no, I am frrom Gerrmany ! »

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