samedi 4 novembre 1995

Katmandou, vingt-cinquième jour,

Peut-être randonnée aujourd’hui. Quelques éléments qui se répètent semblent constituer un rythme. Le petit-déjeuner à huit heures par exemple. Même si le thé n’est jamais prêt quand je viens le chercher, je m’impose cette régularité. Puis les gâteaux chez la vieille dame, puis le riz au lait à la noix de coco. La lecture de Proust au petit matin est le plus facile, elle donne en plus une dimension intellectuelle à toute la journée.
Voilà, j’ai fait un « treck » au Népal, j’ai marché dix, douze kilomètres jusqu’à Patan. Grosse ville aussi, mais plus népalaise car beaucoup moins de touristes. Les mêmes temples du dix-septième siècle, en forme de pagode, mêmes marchés, mais presque que des népalais. Ceux-ci m’avaient semblé ce matin beaucoup moins religieux que les indiens, - j’avais trouvé une similitude à la façon italienne, un peu de piété spectaculaire réservée aux plus de quarante ans - ; mais si c’est l’impression ressentie à Katmandou, cinq kilomètres plus loin, il y a quelque chose de plus vrai, peut-être par l’importance de la population réfugiée tibétaine.
Le retour avec les crêts de l’Himalaya orangés par le soleil couchant, puis longer la rivière bordée de temples et d’habitations très simples. La nuit, la presque cécité, le « walkman » avec la musique ambiante à fond, la surdité.
Coupé du monde environnant, seulement guidé dans la nuit par les odeurs et les ombres, ai laissé libre court à mon voyeurisme impérialiste ; les enfants nus sur la natte de coco près d’un feu à même le sol d’une cahute, les hommes portant leurs paquets à l’aide d’une corde tendue du front et partant dans le dos sous la charge.
Le regard de la jeunesse népalaise (vêtue de jeans « pattes d’éléphant », de blousons de cuir « biker » et de T-shirts « Guns n’ Roses »), sur mes tenues minimales mais un peu « rock » (la chaîne apparente du portefeuille !).

La vision d’une longue allée, bordée d’un côté d’un muret et de l’autres d’arbres, où passaient beaucoup de natifs et l’immédiat souvenir d’une allée semblable à Marrakech près des jardins Majorelle. Mon imagination m’y figurant avec Micky. Ne pense pas être atteint de schizophrénie mais c’est une sensation qui n’est pas nouvelle : un « flash » montrant soi-même dans une situation connue mais non encore vécue.
Nayeem, à Jaipur disait : « solow, solow ». Doucement, doucement, comme s’il avait percé mes terreurs d’alors. Non, pas trop vite s’il vous plaît !
Je suis fatigué, la marche de la journée, la douleur au tibia broché, l’ampoule au talon mériteront un jour calme demain

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