mercredi 8 novembre 1995

Katmandou, vingt-neuvième jour,

Des couleurs.
Depuis le temps que je contemple le Vieux Palais Royal de la terrasse, son intérêt ne m’apparaît qu’aujourd’hui. C’est une immense bâtisse du dix-septième siècle comme on peut en voir beaucoup en Europe. Colonnes néo-classiques, frontons, gigantesques fenêtres à la partie supérieure en arc de cercle et surmontée d’une tête sculptée, la différence résiderait peut-être dans les couleurs. Les murs sont peints d’un blanc éclatant tandis que portes et fenêtres sont d’un bleu gris particulier. C’est ce bleu gris qui m’intéresse aujourd’hui. Non pas comme ici présent associé au blanc, contraste un peu trop méditerranéen, mais plutôt accompagné d’écru, de blanc jaunâtre, en parallèle ainsi au marine et beige d’Armani mais en un ton au-dessus. Si dans la pensée minimale, l’absence de couleur favorise la réflexion, ou bien la concentration sur les détails, - voire une couleur si elle est mineure -, l’utilisation exclusive de demi-teintes, de couleurs difficilement définissables peut, peut-être, aboutir au même résultat. Albertine n’est plus prisonnière et je ne sais pas si j’aurai le courage de commencer les quarante-cinq pages de notices sur « Albertine disparue ». Depuis sept années que je lis le même livre, je ne suis plus à un jour près. Commencé à lire Proust en quittant Damien et fini certainement avec ce voyage qui ouvre sur l’âge de la maturité ; peut-être pas un hasard ! Le problème c’est que si Proust m’a si longtemps bloqué pour pouvoir entamer un autre ouvrage, maintenant il n’y aura plus de prétexte à ne pas lire. Peut-être vais-je lire un peu de philosophie, Platon, Sartre ou bien Goethe. Il faudra que je regarde le répertoire de la Pléiade ; les notices complètes apportent vraiment un plus au texte. Pas assez cultivé ou intelligent pour comprendre moi-même souvent !

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