samedi 25 novembre 1995
Nagarkot, quarante-sixième jour,
Ai retrouvé avec plaisir le rythme de Bénarès, se lever à six heures, attendre le lever du soleil, puis petit-déjeuner dans la brume matinale.
Vu de Nagarkot, l’Everest est un peu décevant, parce que très éloigné, c’est juste un petit caillou entre deux montagnes à l’horizon. J’ai choisi comme observatoire le sommet de la colline où se trouve notre petit « bungalow ». Les terrasses des hôtels avoisinants paraissaient de meilleurs points de vue, mais le mien par la présence de ce petit temple – où les Népalais venaient prier et en agiter ses petites clochettes - , m’a semblé plus intéressant, malgré la végétation un peu trop luxuriante pour apprécier la totalité du paysage. Une envie d’applaudir au lever du soleil comme pour une performance exécutée avec talent dans un décor artistique.
« Save our self-esteem, don’t encourage begging ! »
La longue marche depuis Nagarkot jusqu’à Baktapur a révélé un autre aspect du Népal : la vie agricole. Comme il est facile d’imaginer la vie en France il y a deux, trois siècles en voyant ce spectacle. Les «charrues» tirées par des bœufs, les petits villages avec des chèvres, des vaches, des poules et des chiens partout dans les rues. La religiosité est moins présente qu’en ville, peut-être réservée aux activités dominicales. Le maïs séchant en gerbe aux fenêtres, les petits piments rouges étendus sur des nattes de coco, le millet sassé par les femmes sur les places publiques. Les enfants jouent par terre et se promènent. L’apparition de touristes fait surgir ces quémandes, successivement et après chaque négation de la précédente : « Helo, one roupie ! », « Helo, one pen ! », « Helo, one sweet ! » Est-ce un jeu, ou la manifestation d’une vraie pauvreté. La férocité avec laquelle les enfants se sont emparé des maigres tranches de pain de mie que distribuait Marie, faisait penser à une horde d’enfants affamés, cependant, leurs rires et leur bonne humeur faisait penser à un nouveau jeu de leur invention. Les deux pourraient-ils être confondus ?
Visiter le Changu Temple en chemin n’a pas apporté autant de plaisir que visité en compagnie de ma poétesse américaine. Marie n’est pas vraiment passionnée d’architecture Newari, même quand elle date du cinquième siècle j’imagine!
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