samedi 23 décembre 1995

Puri, soixante-quatorzième jour,



J’ai pu admirer ce matin un des plus beaux levers de soleil de ma vie (il est vrai qu’en dehors de l’Inde, je ne suis pas habitué à me lever si tôt). Il semble qu’assister au lever du soleil est dans les usages de la «middle class» indienne passant ses vacances ici. Des dizaines de couples, de familles étaient là, appareil photo en mains, attendant les premières lueurs au dessus de l’océan pour fixer à tout jamais l’enfant chéri dans ce cadre merveilleux. Les rougeoiements infinis du ciel se concentrèrent en un seul point et apparût la boule de feu. Le sac et le ressac animaient le flamboiement du ciel reflété dans le miroir formé par le sable de la plage, comme si elle s’était soudainement embrasée. Je restais là, mon verre de « cay » réchauffant mes doigts, le monde extérieur à ce surnaturel bûcher m’étant complètement indifférent.
Lita, l’australienne du train, m’accompagne dans ma nouvelle chambre avec vue sur la mer dans le village des pêcheurs. Je pensais m’ennuyer lorsque j’ai réservé la chambre pour dix jours et je n’ai ni le temps de lire ou d’écrire, je discute à longueur de journée avec des inconnus, avec les gens que j’ai déjà vus trois fois dans la journée, aux Français, aux Allemands, aux gens qu’on me présente,… Dans ce petit village, c’est un peu un « Hippie revival », la vie est incroyablement bon marché, l’opium en vente libre et il n’y a rien à faire si ce n’est rester sur la plage. Je vais user sans en abuser.

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