J’avais, il est vrai, réussi un miracle en faisant rentrer la totalité de mes bagages en trois sacs, un nouveau miracle était nécessaire pour pouvoir les porter. L’encombrement et le poids de tous ces achats superflus sont incroyables. Le problème consiste dans le caractère superflu. « Le CLAC » a-t-il vraiment besoin de toutes les peines que nécessitent sa vente de son soutien ? Je suis obligé d’envoyer une partie du « fond de soutien » par la Poste, avec le dilemme de quadrupler le prix de revient par avion, ou simplement le doubler, par bateau, en n’étant pas sûr de l’avoir à mon retour.
Dans mon train pour Calcutta, je peux enfin récupérer du choc un peu trop violent avec le quotidien indien. Manquer le train qui m’avait été soi-disant réservé, payer les bakchichs mais finalement partir.
Une « Second Class Sleeper » est une sorte de wagon à bestiaux avec des plateformes un peu partout qui servent de couchettes. Le compartiment classique a deux fois trois couchettes superposées, avec la couchette du milieu se rabattant et servant astucieusement de dossier à la banquette inférieure pendant le voyage de jour. J’ai échangé ma couchette n°13 au milieu contre une n°11 en haut, le plus tranquille. Comme quoi on peut préférer être beau et riche que laid et pauvre.
Les fenêtres des wagons indiens ont des barreaux. C’est comme vu d’une prison que j’ai pu observer le surnaturel de ce coucher de soleil. Après le paysage montagneux et nuageux de l’Himalaya, le ciel me parut trop clair et la plaine trop plate. La profondeur infinie de l’horizon, l’extension des teintes orangées bien au-delà de la normale me surprirent par leur irréalité. Je me penchais à la fenêtre et les Indiens se penchaient aussi, essayant de voir le paysage si intéressant qui était le mien, mais ils ne pouvaient pas voir les mêmes palmiers, les mêmes rizières, les mêmes couleurs vues dans « Apocalypse now » et qui me revenaient alors en mémoire.
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