dimanche 10 décembre 1995
Katmandou, soixante et unième jour,
Quitter Micky n’avait pas été si facile et souvent juste pour des raisons pratiques. Les fois où j’étais passé chez lui chercher mes affaires avaient été innombrables. Une de ces fois où je n’avais pas pu m’arranger à venir pendant son absence, Viva passait un vidéo-clip de pop allemande que j’adorais à ce moment-là. Je mis le son au maximum et me suis mis à danser sans me soucier du caractère tragique de la situation. Je sentais le regard fasciné de mon ancien compagnon – qui pourtant, à cet instant devait me haïr – qui profitait d’une des dernières manifestations de ma joie en sa compagnie. J’eus la certitude de l’importance de ce moment pour lui quand je découvris plus tard qu’il avait fait l’acquisition du « Maxi » de cette chanson. Je le copiais en secret sur le disque de rock que j’avais dans mon « walkman ». Après l’avoir recopié dans un univers plus conforme, j’oubliais sa présence sur mon disque de rock. C’est accidentellement à Katmandou que je m’aperçus qu’au milieu de mon essentiel musical de survie se trouvait ce morceau d’une importance mineure. Pourtant c’est celui que j’ai choisi d’écouter en soufflant les trente bougies du gâteau au massepain que Micky m’avait envoyé de Londres un mois plus tôt pour mon anniversaire mais dont je n’étais rentré en possession qu’aujourd’hui. J’étais invité dans la lettre accompagnant le colis à émettre un vœu en soufflant les bougies et je profitais de ce « Micky Blues » pour souhaiter fêter le nouvel an 2000 en sa compagnie.
Deux mois aujourd’hui que ce périple a commencé. Si je commence à être en paix avec moi-même, le besoin de retour ne se fait toutefois pas ressentir. C’est dommage qu’il fasse si froid maintenant, la vie ici, sans les acharnés du « trek », est très agréable, les conversations plus riches.
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